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Le 21 novembre 2025, la Banque mondiale a publié une nouvelle fiche d’information. Elle résume les premières conclusions de son Rapport 2025 sur les progrès et tendances numériques. Le message est clair. L’IA se diffuse rapidement dans les économies en développement, mais les fondations sont inégales.
La note décrit une double réalité. L’usage et la demande d’emplois augmentent dans les marchés à revenu intermédiaire. Pourtant, les modèles, les startups, le financement et la puissance des centres de données restent concentrés dans les économies riches. Cet article applique ce prisme au Maroc et trace une voie pratique.
À la mi‑2025, plus de 40% du trafic mondial de ChatGPT provenait des pays à revenu intermédiaire. Le Brésil, l’Inde, l’Indonésie et le Vietnam ont mené cette vague. La demande des employeurs augmente également fortement. Les offres d’emploi liées à l’IA générative ont été multipliées par neuf entre 2021 et 2024, et une sur cinq concerne des marchés à revenu intermédiaire.
Ces signaux comptent pour le Maroc. Ils montrent que des compétences peuvent être développées et exportées depuis des contextes à revenu intermédiaire. Ils indiquent aussi la croissance des opportunités de travail à distance. Le Maroc peut préparer les talents et capter des travaux numériques à plus forte valeur.
Les pays à revenu élevé représentent 87% des modèles d’IA notables et 86% des startups d’IA. Ils accueillent 91% du capital‑risque en IA tout en ne représentant que 17% de la population mondiale. Ils hébergent également 77% de la capacité mondiale de centres de données en colocation. Les pays à revenu intermédiaire supérieur détiennent 18%, ceux à revenu intermédiaire inférieur 5%, et les pays à faible revenu moins de 0.1%.
Cette concentration affecte l’accès et l’adaptation pour les économies à revenu intermédiaire inférieur. La capacité de calcul, le financement et les réseaux de recherche se concentrent à l’étranger. La Banque mondiale met en avant l’IA open source comme contrepoids. Elle aide à démocratiser la participation et la localisation, y compris pour les besoins linguistiques et sectoriels.
La fiche appelle dès maintenant à une approche de « petite IA ». Se concentrer sur des applications légères, pertinentes localement, qui tournent sur des appareils du quotidien ou un cloud modeste. Améliorer l’aide à la décision clinique, aider les petites entreprises à commercialiser des produits, et améliorer la prestation de services publics. C’est une manière pragmatique de contourner les contraintes pendant que les investissements plus lourds mûrissent.
Pour le Maroc, cette approche correspond au mélange actuel d’atouts et de lacunes. Les smartphones sont répandus, et l’accès au cloud existe. Mais la capacité de calcul haute performance abordable est limitée. Des modèles ciblés et efficaces peuvent créer de la valeur dans les conditions actuelles.
La Banque souligne les lacunes d’accès. L’usage atteint environ 93% des personnes dans les pays à revenu élevé. Il chute à 54% dans les économies à revenu intermédiaire inférieur et à 27% dans celles à faible revenu. Le Maroc a besoin d’une électricité et d’un internet fiables dans les écoles, les cliniques et les bureaux municipaux. Les entreprises ont aussi besoin d’une bande passante abordable pour utiliser les services d’IA.
Actions pratiques:
Les pays à revenu intermédiaire et faible ne détiennent ensemble qu’environ 23% de la capacité mondiale de colocation. Le Maroc peut combiner la colocation locale, le cloud public et un accès partagé aux GPU. L’objectif est une capacité de calcul prévisible, abordable et sécurisée pour les startups, les chercheurs et les administrations. Les modèles open source peuvent optimiser l’utilisation de ressources limitées.
Actions pratiques:
La Banque mondiale met en avant des outils similaires dans d’autres contextes. Ses documents décrivent des cadres de données ouvertes, un accès public‑privé à la capacité de calcul, et des programmes de technologies linguistiques. Ils renvoient aussi à des pilotes nationaux tels que l’initiative nationale de calcul du Nigeria et un effort de LLM multilingue. Le Maroc peut adapter ces modèles aux besoins et réglementations locaux.
L’IA fonctionne mieux lorsqu’elle est ajustée à la langue et aux données locales. Le mélange linguistique quotidien du Maroc inclut l’arabe, le darija, l’amazigh et le français. Les services publics, le commerce et le tourisme requièrent souvent des interactions multilingues. Des ensembles de données de haute qualité et obtenus avec consentement sont la pierre angulaire.
Actions pratiques:
La gouvernance des données est essentielle. Le régime de protection des données du Maroc peut guider le partage de données conforme et l’entraînement des modèles. Les agences publiques devraient adopter la minimisation des données et la limitation des finalités. Des licences claires améliorent la réutilisabilité et la confiance.
Les compétences sont la contrainte déterminante. Moins de 5% des personnes dans les pays à faible revenu disposent de compétences numériques de base. Environ 66% en disposent dans les économies à revenu élevé, note la Banque. Le Maroc a besoin d’étendue et de profondeur. Les fonctionnaires ont besoin d’une littératie pratique en IA. Les ingénieurs ont besoin d’un entraînement pratique des modèles et de compétences en MLOps.
Actions pratiques:
Agriculture: L’IA peut soutenir la planification de l’irrigation, les alertes ravageurs et les prévisions de rendement. Les images satellites et drones peuvent signaler le stress hydrique pour les olives, les agrumes et les céréales. Les agriculteurs peuvent recevoir des recommandations sur leurs appareils mobiles. Les coopératives peuvent optimiser la logistique et réduire les pertes.
Santé: Des aides à la décision légères peuvent aider à trier les affections courantes en soins primaires. Des outils de gestion de stocks en pharmacie peuvent prédire les ruptures et suggérer des calendriers d’approvisionnement. Les systèmes d’orientation peuvent prioriser les cas selon des signaux de risque. Des bots de messagerie peuvent envoyer des rappels de santé maternelle et des incitations de rendez‑vous.
PME: Des outils génératifs peuvent rédiger des descriptions de produits et des publicités en arabe, français et anglais. Des assistants peuvent créer des factures et répondre aux questions fréquentes des clients. Les équipes commerciales peuvent segmenter les clients à partir des données de transaction. Les exportateurs peuvent traduire rapidement des catalogues et des documents de conformité.
Tourisme: Des chatbots multilingues peuvent répondre aux questions d’itinéraires et de politiques de sécurité. Des assistants vocaux peuvent aider les visiteurs à naviguer dans les transports et les paiements. Les hôtels peuvent automatiser les requêtes routinières et vendre des services additionnels. Les guides peuvent utiliser des outils de traduction sur des sites très fréquentés.
Services publics: La synthèse de documents peut accélérer l’examen des dossiers. Des chatbots peuvent trier les demandes des citoyens avant le transfert à un agent. Les douanes peuvent utiliser des scores de risque pour cibler les inspections. Les municipalités peuvent classifier et acheminer les plaintes provenant de multiples canaux.
Éducation: Les enseignants peuvent utiliser des assistants de notation pour les réponses courtes et les dissertations. Des outils de lecture peuvent soutenir les apprenants en arabe, darija et amazigh. Les administrateurs peuvent automatiser les formulaires répétitifs. Les élèves peuvent explorer des outils de tutorat sûrs et alignés sur les programmes.
Logistique et commerce: Le Maroc abrite des infrastructures commerciales majeures, dont Tanger Med. L’IA peut optimiser le flux des camions et les opérations de cour. Elle peut prévoir les temps de séjour des conteneurs et atténuer la congestion. De petits pilotes peuvent démarrer avec des modèles étroits et explicables.
La scène startup du Maroc comprend des équipes travaillant sur l’IA appliquée. Des entreprises telles qu’ATLAN Space illustrent l’autonomie basée sur l’IA pour la surveillance environnementale. Des initiatives santé comme DataPathology illustrent des ambitions de diagnostic numérique. Ces entreprises peuvent ancrer des projets pilotes et encadrer de nouveaux talents.
Les universités et les écoles de code développent des cursus en données et en IA. Elles collaborent déjà avec l’industrie sur la recherche appliquée. Les agences publiques numérisent les workflows et les dossiers. Ces fondations soutiennent des pilotes de « petite IA » avec des résultats mesurables.
Les technoparks et incubateurs peuvent coordonner des cohortes intersectorielles. Les secteurs prioritaires incluent l’agriculture, le tourisme, la logistique et la santé. Chaque cohorte devrait accéder à des jeux de données partagés, à la capacité de calcul et à des mentors. L’objectif est de livrer des prototypes fonctionnels en quelques mois, pas en quelques années.
La Banque insiste sur des investissements « sans regret » et une adoption sûre. Le Maroc peut associer les pilotes à des garde‑fous pratiques. Commencer par une protection des données claire, des accès basés sur les rôles et des pistes d’audit. Ajouter des fiches de modèle, des évaluations de risque et des conceptions avec humain dans la boucle.
Les achats devraient exiger de la transparence sur les sources de données et les limites des modèles. Les fournisseurs devraient fournir des métriques d’évaluation et des cas d’échec. Les agences devraient tester les biais et la couverture linguistique. Des clauses d’extinction peuvent garantir le retrait rapide des outils peu performants.
Investir là où les bénéfices sont larges. L’électricité, le haut débit, les appareils, les données et les compétences ont des retours à l’échelle de l’économie. C’est la recommandation « sans regret » de la Banque. Le Maroc peut aligner les programmes nationaux et le soutien des donateurs autour de ces priorités.
Un plan pratique sur 12 mois:
Un plan pratique sur 24–36 mois:
Suivre les progrès avec des indicateurs simples et transparents. Exemples:
Le message de la Banque mondiale est pragmatique. La diffusion dépasse la capacité fondamentale dans de nombreux endroits. Combler les lacunes de connectivité, de calcul, de contexte et de compétence ouvre des gains inclusifs dès maintenant. Le Maroc peut avancer rapidement sur la « petite IA » tout en bâtissant vers de plus grandes opportunités.
La recette est opérationnelle. Investir dans l’électricité et le haut débit. Étendre la capacité de calcul partagée et les données ouvertes. Construire des ressources linguistiques et des compétences à grande échelle. Piloter des outils ciblés, mesurer les résultats et itérer.
Le Maroc n’a pas besoin d’attendre une infrastructure parfaite. Il peut livrer des systèmes utiles et sûrs dès aujourd’hui. Les Quatre C fournissent une carte claire. Le moment d’exécuter est maintenant.
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